Le Temps Retrouvé

Date de Sortie : Novembre 2019
Artistes : Li-Kung Kuo, Cédric Lorel
Label : Cadence Brillante
Catalogue : ACB002

« Les vrais paradis sont les paradis qu’on a perdus. »
– Marcel Proust

À travers quelques chefs‐d’oeuvre inspirés par l’art incomparable d’ Eugène Ysaÿe, Li-Kung Kuo et Cédric Lorel prolongent la quête de Marcel Proust dans Le Temps retrouvé en associant des compositeurs qui se croisèrent des dernières décennies du XIXe siècle à la fin de la Belle Époque.

Programme

Eugène Ysaÿe (1858-1931) – Caprice d’après l’Etude en forme de valse op. 52 n°6 de Saint-Saëns
Claude Debussy (1862-1918) – Sonate pour violon et piano
Ernest Chausson (1855-1899) – Poème op. 25
Camille Saint-Saëns (1835-1921) – Sonate pour violon et piano n°1 op. 75
Reynaldo Hahn (1874-1947) – Nocturne pour violon et piano

EPK Teaser

Extraits Vidéos
Playlist de 10 extraits

Critiques

Le feu et la poésie du violon de Li-Kung Kuo, un grand talent
Maciej Chiżyński

Attention : un talent rare du violon. Li-Kung Kuo est de bout en bout convaincant dans ce programme français.

Li-Kung Kuo, un Taïwanais à Paris, est titulaire d’un diplôme de l’École normale de musique, où il a reçu le Diplôme supérieur de concertiste, ainsi que lauréat du Concours Léopold Bellan et du Concours international Glazounov. À l’écoute de ce disque, nous constatons qu’il a bien fait d’emménager en France : sa sensibilité artistique semble correspondre idéalement à l’esprit de la musique de ce pays, combinant l’élégance aristocratique, l’amour de la richesse des couleurs et un raffinement dans les moindres détails.

Li-Kung Kuo saisit par un jeu somptueusement articulé, d’une densité éloquente et d’une puissance magnétique. Sa palette de nuances est variée avec un son exempt de dureté ou d’acidité. Il respire profondément, au point de nous faire savourer les silences comme, particulièrement, les délices du contour mélodique qu’il sculpte avec un archet aussi précis qu’immatériel. Que de naturel et de simplicité dans ces cantilènes brillantes de mille feux autant que séduisantes par la douceur du clair-obscur (l’Allegretto moderato de la sonate de Saint-Saëns) et des atmosphères qui s’en dégagent, telles des oiseaux fugitifs (finale de la Sonate de Debussy, mélange doux-amer). Que d’harmonie et de justesse dans ces phrasés baignés de désolation (Poème de Chausson) et de larmes (Nocturne de Reynaldo Hahn). Enfin, que de bravoure et d’enthousiasme dans les accelerandi, les accords et les coups d’archet dans le dernier mouvement de la sonate de Saint-Saëns. Faisant résonner des harmoniques fournis, le violoniste captive par cette sonorité ronde, charnue et voluptueuse, renvoyant quelques fois, comme par magie, à celle d’un Jascha Heifetz. Avec cette différence que le jeu de ce dernier, indomptable, est délibérément « masculin », tandis que celui de Li-Kung Kuo paraît animé par une délicatesse quasi-féminine.

Et le piano ? Li-Kung Kuo est accompagné par Cédric Lorel assis à un Bechstein de concert de 1898 nouvellement restauré, distillant des teintes lumineuses dans les aigus et marbre gris dans les graves. Les deux artistes sont de vrais complices : bien qu’à première vue, tous les deux discrets, ils abordent chaque mesure avec autant d’audace que de considération. Lorel est envoûtant de poésie, mais aussi il contribue – par la maîtrise de l’agogique et la transparence des textures –, au renforcement de l’intensité de ces interprétations.

Avec cette parution intitulée « Le Temps retrouvé », nous ne perdrons définitivement pas de temps. Car c’est une belle découverte d’un talent de tout premier plan qui, explorant les pages de compositeurs francophones, aiguise notre appétit pour les réalisations discographiques à venir. Ajoutons que la prise de son effectuée par Fabrice Planchat est irréprochable : nette, spacieuse, équilibrée et détaillée.

Bonheur assuré
Marc Vignal

Atmosphère, atmosphère…
Une musique Belle Epoque qui recrée le climat des salons proustiens

Sous le signe du Marcel Proust du « Temps retrouvé » et du grand violoniste Eugène Ysaÿe, voici un panorama d’œuvres pour piano et violon relevant plus ou moins de la Belle Epoque…..

….. Le programme est donc d’une grande cohérence, tout en donnant son dû – il couvre trois décennies – à la variété. Il transporte dans l’atmosphère des salons parisiens qui proliférèrent aux alentours de 1900 et où se côtoyèrent, en profitant l’une de l’autre, sensibilité littéraire et sensibilité musicale.

Hugo Papbst, Philippe Alexandre Pham

A la recherche de Proust, et tout autant de la figure centrale d’Eugène Ysaÿe, le violoniste Li-Kung KUO et le pianiste Cédric LOREL mêlent avec intelligence et avec un vrai goût des filiations et des correspondances quatre compositeurs français aux tempéraments distincts ; tous se rejoignent sur un point : l’expression la plus juste et la plus précise du sentiment intérieur. A la fois expressifs (et mesurés), et introspectifs (sans appuis excessifs), les deux interprètes ressuscitent un âge d’or de la musique de chambre française à l’époque d’ “A la recherche du temps perdu”……

….. C’est sous les doigts du Taiwanais Li-Kung Kuo, le déploiement de cette sensibilité claire et transparente, ligne éperdue, étirée jusqu’aux confins du souffle, essentiellement française.

….. La qualité du chant du violon (Testore 1700, « ex Galamian ») s’épanouit sans emphase en toute complicité avec le Bechstein, le piano préféré de Debussy.

….. La qualité d’articulation et de chant du violon, se manifeste pleinement enfin dans l’extase mélodique du Hahn, évidemment un « Nocturne » pour mieux se glisser et dialoguer avec le motif crépusculaire de la petite phrase inventée par Saint-Saëns.

Le Taïwanais Li-Kung Kuo et le Français Cédric Lorel donnent de ces pièces si attachantes des interprétations pensées à l’aune d’un intimisme de bon aloi. La technique éprouvée du violoniste et sa fine sensibilité le voient à l’aise aussi bien dans la virtuosité que dans le lyrisme. Le pianisme de son partenaire est pareillement irréprochable : le son feutré sert admirablement cette approche toute de complicité.

Philippe-Emmanuel Krautter

« Les vrais paradis sont les paradis que l’on a perdus », rappelait Marcel Proust dans la Recherche, une quête de l’ineffable partagée aussi par d’autres cultures, comme un repas japonais cultivant le goût de la saison qui vient de s’achever, celle qui s’annonce et le temps présent…

C’est cet esprit qui anime également les deux musiciens Li-Kung Kuo et Cédric Lorel dans ce bel enregistrement « Le Temps retrouvé » et offrant une délicieuse immersion dans l’univers musical du grand écrivain…..

Li-Kung Kuo et Cédric Lorel manifestent non seulement leurs qualités d’interprètes dans cette œuvre exigeante, mais démontrent également une rare sensibilité à ce paysage musical composé de subtiles nuances et variations parfaitement rendues. Il fallait une conclusion digne du thème retenu pour ce bel enregistrement, la parole sera laissée à Reynaldo Hahn en écho à la musique omniprésente de Marcel Proust dans La Recherche avec cet inoubliable Nocturne empreint d’une poésie digne de celle des Salons défilant au gré des pages du grand romancier, une habile manière de suggérer Le Temps Retrouvé et Cronos superbement vaincu.

© Li-Kung Kuo 2020